Au cœur des problématiques de l’entreprise, la formation continue est à la croisée des préoccupations RH et stratégiques des dirigeants. Tous s’accordent sur son rôle fondamental pour leurs collaborateurs, comme pour eux-mêmes.

La formation continue, outil au service de la stratégie et de la politique d’entreprise

Un an après la loi du 5 mars 2014 sur la réforme de la formation professionnelle, et alors qu’une étude des cabinets Fidal et Amplitude souligne sa mauvaise connaissance et perception par les entreprises (*), un point fait consensus : l’importance de la formation continue pour l’entreprise et les salariés n’est pas remise en question. D’ailleurs cette même étude révèle que 59 % des sondés la considèrent comme un axe stratégique pour leur entreprise. Et pour cause : comme le résume Florence Poivey, chef d’entreprise et présidente de sa commission Education, formation et insertion du Medef : « Pour nous, c’est un levier stratégique de mobilité et d’employabilité des salariés, mais aussi de compétitivité de nos entreprises ».

Car si les chefs d’entreprise reconnaissent volontiers l’importance de la formation continue dans les stratégies RH pour recruter, fidéliser et motiver, ils soulignent aussi plus globalement son importance dans la politique stratégique de l’entreprise. OptimHome, l’un des premiers réseaux français d’agents immobiliers mandataires, a fait de la formation l’un des socles du succès de son modèle. Olivier Colcombet, le directeur général du réseau, juge en effet qu’elle y occupe une place « fondamentale ». Les agents OptimHome, tous chefs d’entreprise indépendants, suivent une formation obligatoire à leur entrée dans le réseau : « Nous avons repensé tout le contenu pour préparer nos futurs conseillers à être des professionnels de l’immobilier compétents, différents et avant tout qu’ils soient sensibilisés à la considération et au suivi client », détaille Olivier Colcombet, qui pointe le lien entre la formation professionnelle et le positionnement stratégique du réseau, basé sur la qualité de service et la relation client. OptimHome a d’ailleurs été le premier réseau d’agents mandataires certifié ISO 9001, notamment en ce qui concerne ses activités de formation. « Mais la formation ne s’arrête pas à l’entrée dans le réseau, complète Olivier Colcombet. Tout au long de leur carrière, nos agents se voient proposer des formations ». OptimHome a ainsi dispensé en 2014 plus de 50 000 heures de formations.

Dans un autre secteur, Tati utilise également la formation continue comme outil stratégique au service du développement de l’entreprise. Pour moderniser l’enseigne, un vaste de plan de formation a pour objectif d’emmener l’ensemble des salariés à niveau Bac ou Bac+2. Sylvain Sausseau, le directeur du magasin de Paris Diderot souligne le double intérêt, pour les collaborateurs et pour l’entreprise, d’une telle démarche qui a pourtant un coût considérable – 8 millions d’euros, soit 5 % de la totalité des salaires et primes versés aux personnels : « cela permet d’uniformiser les équipes et de valoriser les compétences », fait-il valoir.

Un outil de développement, voire une question de survie

Mais plus qu’une option stratégique, la formation continue est pour les chefs d’entreprise une brique indispensable, à plus forte raison dans un monde en mutation. L’enquête sur « L’École en 2030 », réalisée en amont du sommet mondial pour l’innovation dans l’éducation WISE 2014, révèle que 90 % des experts interrogés estiment que l’éducation tout au long de la vie va devenir la norme. Stéphane Richard, à la tête d’Orange, le rappelle : « Il ne faut pas oublier que 50 % des métiers de demain n’existent pas ! ». C’est pourquoi Orange s’investit dans la transformation digitale de son organisation, qui passe avant tout par la formation continue, qui permettra « à tous les salariés du groupe de devenir des salariés d’une entreprise digitale ». Depuis début 2014, la Digital Academy délivre des passeports digitaux aux 160 000 salariés du groupe, alors que 50 000 formations ont été dispensées en France. Stéphane Richard en est convaincu : « la maîtrise du numérique est devenue un savoir de base ; et la formation à cette culture est une des conditions de l’épanouissement professionnel à long terme ».

Même préoccupation chez les entreprises plus petites : inquiet des conséquences de la réforme de la formation professionnelle, François Asselin, le président de la CGPME, rappelle que « la formation continue, c’est la pérennité de nos entreprises », et que « si demain nous ne formons plus nos salariés, nous allons à terme avoir une baisse de compétences ». Le PDG de Vinci, Xavier Huillard, est encore plus direct : « Une entreprise qui ne forme pas est une entreprise qui ne se projette pas dans l’avenir, c’est donc une entreprise qui va mourir ».

 

Et la formation professionnelle des chefs d’entreprise ?

D’ailleurs les chefs d’entreprise, s’ils sont nombreux à constater les difficultés qu’ils peuvent avoir à accéder eux-mêmes à la formation professionnelle – manque de temps, problèmes d’organisation…- en reconnaissent aussi volontiers les vertus. Rémy Marchand, à la tête de STAE, une société de sous-traitance d’étude et de fabrication, a suivi un Executive MBA à HEC Paris. Il l’affirme : « Mon MBA a consolidé mes connaissances tout en renforçant mon leadership ». Pour beaucoup, la formation continue est également une façon de mettre ses connaissances à jour, de suivre les évolutions métier et de management, mais également de prendre du recul sur leur activité.

Car si les débats sont nombreux sur la façon dont doit être régie et mise en œuvre la formation continue, son utilité – voire son caractère indispensable – font consensus. Stéphane Richard le rappelle : « La formation continue ne doit jamais cesser d’être […] une formidable chance au service de tous les acteurs de l’économie. Et d’abord de l’emploi ».

 

(*) http://www.lefigaro.fr/emploi/2015/04/13/09005-20150413ARTFIG00015-les-entreprises-tres-critiques-sur-la-reforme-de-la-formation-professionnelle.php