La transformation numérique, un levier de croissance pour la France ?Le numérique occupe une place croissante dans l’économie française. Son poids représente désormais 5,5 % du PIB (113 milliards d’euros), ce qui est plus par exemple que l’agriculture ou les services financiers. Les canaux d’information numériques (Internet fixe et mobile) ont également un impact sur les achats hors ligne, pour un montant proche de 80 milliards d’euros (en 2013).

Les principales composantes de ce « PIB numérique » sont la consommation des ménages, la dépense publique et l’investissement des entreprises, qui comprennent notamment les dépenses en équipements de communication, logiciels et matériels informatiques.

Pourtant, par rapport à des pays comparables, la France accuse un certain retard. En effet, si les usages numériques sont familiers aux consommateurs, ils le sont beaucoup moins pour les entreprises qui les intègrent lentement.

Bien que les entreprises françaises affichent en moyenne une bonne connectivité à Internet, elles n’atteignent que la moyenne européenne concernant l’adoption d’outils informatiques sophistiqués et se situent en-dessous de cette moyenne sur le e-commerce et les nouveaux usages (par exemple, l’utilisation des médias sociaux).

A titre d’illustration, en 2013, seules 14 % des sociétés françaises ont reçu des commandes via des réseaux numériques (Internet ou autre), contre 17 % en moyenne au sein de l’Union Européenne et 26 % en Allemagne – soit presque le double. Par ailleurs, seulement 65 % des entreprises françaises disposent d’un site internet, soit un chiffre bien inférieur à celui de la Suède (89%) par exemple. Cet écart est d’autant plus grand dans les PME : en France, elles ne sont que 19 % à avoir réalisé des achats via des réseaux numériques en 2013, contre plus de 50 % dans plusieurs pays européens dont le Royaume-Uni.

McKinsey a réalisé une étude très pertinente pour nous faire comprendre l’incidence du numérique sur la croissance et la compétitivité de la France.

De cette enquête auprès de 500 entreprises, ressortent quatre raisons principales qui expliqueraient le retard de la France :

  • des difficultés organisationnelles : les contraintes liées à l’organisation (résistance au changement, organisations en silos,..) freinent la transformation numérique et ralentissent le déploiement des stratégies digitales, …
  • un déficit de talents numériques : un tiers des entreprises interrogées expriment la difficulté à recruter des profils spécialisés dans le numérique. Ce qui est en cause n’est pas la qualité du personnel qui est reconnue par les entreprises et les investisseurs internationaux mais un nombre insuffisant de professionnels formés dans certains métiers.
  • des marges financières plus serrées que dans d’autres pays : les taux de marge étant en-deça de la moyenne européenne, les entreprises ont des capacités d’investissement plus limités que les autres pays européens et manquent ainsi de marges de manœuvres.
  • un manque d’implication visible des dirigeants : 28% des entreprises françaises interrogées considèrent que leurs dirigeants doivent s’investir plus pour promouvoir et accélérer la conversion au numérique.

Pourtant la création de valeur apportée par le numérique ne serait pas négligeable pour la France. Il pourrait notamment contribuer à une amélioration générale du « business ».

Pour saisir les opportunités liées au digital, toutes les entreprises (quelque que soit leur secteur d’activité) doivent s’engager résolument dans cette transformation et en particulier :

  • La banque de détail, vers une expérience client connectée et enrichie,
  • Les biens de grande consommation, vers une relation client directe et continue,
  • La distribution, vers un modèle hybride entre présence numérique et maillage physique,
  • Le tourisme, vers une poursuite accélérée des changements engagés.

Pour accélérer la transformation digitale de l’économie française, il est indispensable d’accroître les usages numériques des entreprises, d’autant plus que certaines études ont révélé une corrélation entre utilisation du numérique et croissance des entreprises.

La France pourrait ainsi espérer un surcroît de PIB digital de 100 Md € par an à l’horizon 2020…

Lire l’étude complète de McKinsey (PDF–8.5 MB)

Agnès Duroni