Le conglomérat industriel, qui compte 3 500 salariés, a été placé début août en redressement judiciaire. FO dénonçait depuis plusieurs années l’opacité financière et l’absence de contrôle du groupe, dont la dette s’élèverait au moins à 100 millions d’euros.

« C’est un gâchis industriel et l’une des plus grosses catastrophes dans la métallurgie depuis des années », dénonce Bruno Grimaux, délégué FO à l’usine d’emboutissage Altia de Bessines. Le 1er août, la quasi-totalité des 48 entreprises de ce conglomérat industriel, qui emploie 3 500 personnes, a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Paris. Le groupe, qui possède les chariots Caddie et regroupe de multiples activités dans l’électroménager, la sous-traitance automobile ou le secteur médical, s’est effondré en quelques mois. Caddie et la maison mère Altia Industry avaient déjà déposé leur bilan en juin.

Seules deux entreprises échappent à la procédure judiciaire : Normatec, un fabricant de pièces métalliques, et la holding Altia Finances. Un administrateur judiciaire est chargé de trouver des repreneurs pour les usines. Les périodes d’observation, très courtes, sont d’un à deux mois. La situation des trois entreprises qui fabriquent des cabines de tracteurs (250 salariés) est particulièrement vulnérable.

La chute d’Altia a été fulgurante. En 2011, l’Etat était entré au capital du groupe à hauteur de 20%, par l’intermédiaire de la banque publique d’investissement BPIFrance, pour l’aider à racheter un important sous-traitant de PSA et Renault. Il l’a ensuite aidé à reprendre Caddie. En mars 2013, Arnaud Montebourg faisait encore du fabricant de chariots le fleuron de sa politique de redressement productif.

Altia s’est bâti à coups d’acquisitions. Le groupe a quintuplé son chiffre d’affaires en six ans pour atteindre 400 millions d’euros. En théorie, il rachète des entreprises en difficulté au tribunal de commerce pour les relancer. Sauf qu’il n’est pas parvenu à toutes les redresser.

Avec l’effondrement de l’industrie automobile, Altia n’arrive plus à payer ses fournisseurs. En avril dernier, il revend en catimini ses cinq usines d’emboutissage en un week-end à un fonds de pension américain. Mais ce dernier, qui n’est pas rattaché, comme il le prétend, à un puissant groupe, n’a pas de projet industriel. FO appelle les salariés à la grève à l’usine de Bessines. Sous la pression du gouvernement et de PSA, qui fait tout d’un coup valoir ses créances, le repreneur dépose le bilan. La BPI accorde une rallonge de 2,5 millions d’euros pour payer les salaires, mais exige de prendre la présidence du conseil d’administration.

« Gangrène générale »

Le pôle emboutissage est placé en redressement judiciaire. Aujourd’hui, trois des cinq sites auraient trouvé un repreneur. Pour les autres, dont Bessines, les discussions se poursuivent.

« Les trois actionnaires d’Altia ont réussi à duper tout le monde, dénonce Bruno Grimaux. Depuis des années, on voyait que la gestion n’allait pas et qu’Altia allait nous couler. Nous avons mené beaucoup d’actions, demandé des explications financières, mais nous voulions aussi préserver l’emploi. Et les pouvoirs publics nous répondaient que c’était un bon groupe. »

Le délégué FO, syndicat majoritaire à Bessines, n’est pas surpris par le dépôt de bilan. « Ils faisaient des conventions de trésorerie, l’argent passait de société en société au sein du groupe, poursuit-il. Ils prenaient à ceux qui avaient de l’argent pour le donner à ceux qui n’en avaient pas. Ça a été la gangrène générale et ils se sont fait engloutir. Tout le monde a fermé les yeux. Les constructeurs automobiles voulaient leurs pièces détachées, le gouvernement était dans l’affichage pour sauver l’emploi. »

Au total, BPIFrance aura investi 18 millions d’euros, dont 8 millions depuis le mois de juin dernier. Les 10 millions versés au titre de la participation pour le soutien à la sous-traitance automobile et au rachat de Caddie semblent d’ores et déjà perdus.

La BPI, dont la crédibilité est en jeu, a fait réaliser plusieurs audits. Pour la première fois de son existence, d’après le quotidien Le Monde, elle fait même appel à la très discrète agence privée américaine Kroll pour comprendre cette débâcle. Et le résultat des investigations est affligeant. Les comptes étaient faux. Un financier cité par Le Monde évoque même une absence de comptabilité. Quant à la dette, elle s’élèverait non pas à 3 ou 5 millions d’euros, comme le prétend la direction, mais à 100 millions d’euros.