5ième puissance économique mondiale, la France figure seulement au 21ième rang de l’Indice Capital Humain du WEF[1]. Singapour est 3ième, l’Allemagne, 6ième… Selon de nombreuses études internationales, une corrélation positive existe pourtant entre l’investissement immatériel (pour beaucoup dans le capital humain) et la croissance du PIB, la productivité du travail et les résultats financiers des entreprises.

La Tribune Sciences-Po de l’économie de l’immatériel[2], animée par Marie-Ange Andrieux, Directeur de la Tribune Sciences-Po de l’économie de l’immatériel, co-présidente de l’AFECA[3] et d’EWoB[4], s’est penchée sur ce sujet. Ces travaux identifient les bonnes pratiques pour dynamiser, dans les entreprises, la valorisation du capital humain, considéré comme « le » facteur de compétitivité incontournable pour réinventer un modèle de croissance plus durablement innovant, un des leviers d’amélioration des marges des entreprises. Et proposent des mesures pour une politique du capital humain.

1.    Quelles bonnes pratiques de valorisation du capital humain de l’entreprise ?

a.    Le capital humain doit faire partie du business plan de l’entreprise

Les bonnes pratiques seraient de :

–      Intégrer le capital humain dans la stratégie avec une politique d’investissement adaptée (développer un capital compétences durables pour les métiers du présent et du futur),

–          Porter une dynamique d’organisation collaborative en réseaux (internes et externes), appuyée par un management de l’intelligence collective ;

–    Développer une innovation technologique et d’usage, en co création avec les parties prenantes, dans une économie de la fonctionnalité, management de l’innovation nécessitant innovation dans le management !

b.    Le capital humain doit être intégré dans la gouvernance de l’entreprise… et des investisseurs

Les bonnes pratiques seraient de :

–      Intégrer le capital humain à l’agenda du Conseil d’administration et dans les travaux des comités du Conseil (pourquoi pas un critère de rémunération variable des dirigeants lié à la valorisation du capital humain de l’entreprise ?),

–      Communiquer sur le capital humain avec des critères appropriés de mesure pour rendre visible les actions menées et donner une vision élargie et intégrée de la performance financière mais aussi extra financière de l’entreprise. Cela contribuerait à faciliter la reconnaissance, le financement et la valorisation du capital humain par les marchés (investisseurs, analystes financiers, agences de rating).

2) Quelles mesures d’accompagnement des pouvoirs publics pour un environnement financier, économique et fiscal favorable à l’investissement en capital humain ?

Une politique de valorisation du capital humain national pourrait, selon les dirigeants interviewés par La Tribune sciences Po, opportunément combiner soft power (bonnes pratiques) et hard law dans certains domaines. Une politique du capital humain pourrait être orientée autour des axes suivants :

–      Créer une fiscalité favorable à l’investissement en capital humain (crédit d’impôt formation, amortissement fiscal du capital humain), une finance durable du capital humain (livret d’épargne dédié, label « capital humain » offrant un accès privilégié au financement…) ;

–      Apporter un soutien appuyé aux start-ups et aux PME, par un accès simplifié, rapide (voire privilégié) à ces mesures et par des mesures dédiées (label « capital humain »),

–      Développer dans les territoires des éco systèmes de valorisation du capital humain,

–      Enrichir la mesure de la croissance quantitative (PIB, Produit Intérieur Brut) d’indicateurs qualitatifs autour d’un tableau de bord du capital humain national (vers un PIB, Produit Immatériel Brut).

–      Enfin, pour la force du symbole, créer une agence de l’économie de la connaissance et du capital humain, et, d’ores et déjà, un « Ambassadeur du capital humain ».

Certaines professions sont d’ores-et-déjà convaincues du bien-fondé de cette nécessité de valoriser le capital humain. Ainsi en va-t-il de celle des experts comptables, comme l’indique Joseph Zorgniotti, Président du Conseil supérieur de l’Ordre des experts comptables : « la valeur ajoutée des services rendus par les experts-comptables repose autant sur la combinaison d’une expertise de haut niveau, que sur la capacité de ces professionnels à innover pour faire émerger des solutions adaptées à chacun de leurs clients. C’est bien cette synergie entre le capital humain du cabinet d’expertise comptable et celui de ses clients qui est au cœur de l’écosystème entrepreneurial auquel ils participent. La valorisation de cet actif immatériel humain et la diffusion des bonnes pratiques sont un des grands enjeux de notre profession et de son environnement immédiat. »

[1] World Economic Forum (WEF)

 

[2] Projet collectif dirigé par Marie-Ange Andrieux, la Tribune Sciences Po de l’économie de l’immatériel réalise, en 2013-2014, en partenariat avec le Conseil supérieur de l’Ordre des Experts Comptables et la Fédération de la Formation Professionnelle, un dossier sur « Capital humain : quelle innovation pour un choc de compétitivité ?».

L’analyse de cet enjeu par la Tribune Sciences Po de l’immatériel combine, de façon originale, recherches académiques et décryptage de l’actualité des affaires, avec des interviews de dirigeants d’entreprises et d’institutions. Ces travaux sont diffusés sur le site partenaire Easybourse.

[3] AFECA, Association des Femmes Diplômées d’Expertise Comptable Administrateurs

[4] EWoB, European Women on Boards