Le bilan de compétence est un outil ancien en France avec sa création en 1991, soit plus de 20 ans d’existence. Nous avons donc suffisamment de recul pour réfléchir sur le sujet. Mais de quoi parle-t-on au juste ? S’agit-il d’analyser les compétences d’un individu comme le ferait un expert-comptable de la formation ? S’agit-il de parler de compétences mobilisables dans un monde qui ne sait plus vers quoi se mobiliser ? Autant de questions sur les usages de cet outil fort développé en entreprise.

Techniquement le bilan de compétence est relativement bien cadré avec un temps de 24 heures dont au moins 10 heures en face-à-face, et généralement, pour une durée globale d’environ trois mois, cela variant suivant les hommes et les situations. Faire un bilan est une notion comptable en partie double qui consiste à évaluer les points positifs et négatifs pour finalement déterminer un état des lieux. Il reste toujours difficile, voire impossible, d’évaluer une personne. Et même si l’on retient le seul angle professionnel, plus facilement traçable, il reste toujours impossible à évaluer une personne. C’est la raison pour laquelle, il ne s’agit pas d’évaluer la personne mais la compétence professionnelle de cette personne. Alors, qu’est-ce qu’une compétence ?

Une compétence est un savoir agir. On la reconnait car elle est déterminée par un verbe d’action du type : accueillir les clients, travailler en équipe,… Au sein de l’entreprise, comme pour un métier, la compétence est identifiée par une cartographie des compétences, les fameuses bibles métiers qui servent d’étalon pour mettre en perspective le bilan, l’évaluation des compétences d’un individu. Pour compléter le dispositif, cette cartographie de référence peut-être reliée à la GPEC, les compétences prévisionnelles du métier de l’entreprise. Le thermomètre est là, reste à voir le malade. Comment fait-on pour connaître les compétences utiles dans un monde qui non seulement n’a plus de visibilité, mais en plus est à la recherche de son propre sens ?

Le bilan d’une entreprise représente une photographie annuelle de la situation financière de l’entreprise. L’argent est utile car il permet de quantifier les flux et les stocks. La compétence n’est pas aussi précise, et est sujet à interprétation. Comment évaluer la qualité de l’accueil client ? Et que dire de la qualité du sourire, composante essentielle de l’accueil client ? Des indicateurs existent quel que soit l’angle choisi, on voit bien que les chiffres sont flottants.

Il existe deux façons d’évaluer, de donner de la valeur à un individu : soit il s’agit de sanctionner un parcours existant, soit il s’agit de projeter un parcours militant. L’enjeu du bilan de compétences n’est pas tant une archéologie d’une histoire qui n’existe plus, que de la création d’une aventure qui est à construire. Dans un monde en rupture, le passé reste un socle mais ne saurait être le déterminant de la projection avenir. Il ne s’agit plus temps de compter, de capitaliser des compétences que d’inventer un monde nouveau. Plutôt que de parler de bilan des compétences, on pourrait parler de bilan de projet. Il s’agit de nouvelles compétences à acquérir que l’entreprise pourrait porter lorsque l’on sait que 50 % des individus refuse l’idée même de projet… autant de nouvelles compétences à acquérir…