Depuis la fin des années 1980, le mode de calcul des droits à retraite a connu de nombreux changements visant à limiter la progression des dépenses de pensions en part du Produit Intérieur Brut. Si on avait conservé l’intégralité des règles qui ont prévalu jusqu’au milieu des années 1980, cette part se serait élevée à près de 21 points de PIB en 2060, selon des simulations effectuées à l’aide du modèle Destinie 2 de l’Insee. Avec l’ensemble des modifications intervenues depuis, jusqu’à la réforme de 2014 et les derniers accords Agirc-Arrco, cette part se limiterait à environ 14 points, si on retient une hypothèse d’évolution annuelle de la productivité de 1,3 % à moyen et long termes.

Parmi les facteurs de cette modération, les règles d’indexation jouent un rôle majeur. Depuis la fin des années 1980, c’est l’indice des prix qui sert à revaloriser les pensions en cours de service dans le secteur privé, ainsi que les salaires dits « portés aux comptes », ceux sur la base desquels se fait la liquidation. Ce principe a été confirmé par la loi de 1993. La loi de 2003 a étendu le mode d’indexation sur les prix aux pensions de la fonction publique.

Les changements de règles d’indexation contribuent à contenir l’évolution des pensions de manière importante mais variable selon le niveau de la croissance économique. Selon que les gains de productivité s’élèveront respectivement à 1 % ou 2 % par an (hypothèses du Conseil d’orientation des retraites), les simulations réalisées à l’aide de Destinie 2 montrent que cet effet variera de 3,6 à 6 points de PIB à l’horizon 2060. Les réformes des retraites ont ainsi rendu le niveau à long terme du ratio retraites/PIB assez sensible aux hypothèses macroéconomiques. Avec les règles telles qu’elles sont annoncées aujourd’hui, le poids des retraites dans le PIB se situerait en 2060 entre 12 et 15 % du PIB entre les hypothèses haute et basse de croissance retenues par le Conseil d’orientation des retraites.

Cette sensibilité vaut également pour le pouvoir d’achat relatif des retraités. Les montants des pensions à la liquidation devraient certes continuer à augmenter. Toutefois, les pensions vont évoluer moins rapidement que les revenus d’activité et l’écart entre les deux sera plus important dans les scénarios de croissance plus forte. Similaire en 2010 à celui des actifs, le niveau de vie moyen des ménages de retraités n’en représenterait plus que 85 % à 70 % en 2060, selon que les gains de productivité s’élèveront respectivement à 1 % ou 2 % par an.