Une enquête réalisée par Ipsos pour « Elle »

Paris, le 3 avril. Années après années, les enquêtes se succèdent et montrent à quel point les inégalités hommes/femmes subsistent, sans jamais vraiment régresser. A l’occasion de la 3ème édition du Forum, ELLE Active et Ipsos dévoilent les résultats, assez préoccupants, d’une enquête exclusive sur le « tabou » de l’ambition professionnelle féminine. Plus axée sur la recherche d’équilibre et de bien-être que sur la progression salariale à laquelle ils ne croient plus vraiment, voilà comment les Français définissent aujourd’hui leur ambition professionnelle. Mais ce changement d’état d’esprit remet en cause la nécessité de continuer le combat de l’égalité : 40% des Français – et 37% des femmes – pensent qu’on en fait trop sur les inégalités hommes-femmes au travail. Pourtant, l’étude montre que les parents continuent à beaucoup plus transmettre les valeurs de réussite aux garçons. Les conséquences pour les femmes ? Elles doutent beaucoup plus que les hommes de leur capacité à assumer toute promotion professionnelle qui leur serait proposée. Plus d’une sur deux se demande même si elle en aurait vraiment envie (contre un homme sur trois). Et si, plus que jamais, le combat pour la promotion de l’ambition des femmes devenait en 2014 une priorité absolue ?

 Après six années de crise et de modération salariale, l’ambition professionnelle se recentre sur le bien-être

·        Professionnellement, les Français sont aujourd’hui modérément ambitieux (seuls 60% des actifs disent l’être – 64% des hommes et 55% des femmes) et plus de 4 sur 10 affirment que leur ambition professionnelle s’est affaiblie ces cinq dernières années (42% – 42% pour les hommes et 41% pour les femmes).

·        Aujourd’hui, la première ambition professionnelle des Français, c’est de ne pas être angoissé(e)s par leur travail (citée par 55% des hommes et 61% des femmes), de travailler sur des sujets qui les passionnent (53%) et qui leur semblent « utiles » (53%). L’épanouissement au travail importe désormais plus que le salaire (41%), la prise de responsabilités hiérarchiques (cité par seulement 22%), ou encore l’encadrement d’une équipe de plus en plus nombreuse (11%) y compris chez les hommes.

La poursuite du combat pour l’égalité remise en cause : 4 hommes sur 10 estiment qu’on en fait trop avec les inégalités hommes/femmes

·        Pour 37% des hommes et 44% des femmes, être une bonne mère sans remettre en cause sa carrière professionnelle n’est pas possible, il faut faire des sacrifices. Pour 1 Français sur 3, une femme ne peut pas à la fois réussir sa vie professionnelle, sa vie de mère et sa vie amoureuse (33% – 30% des hommes et 35% des femmes). Pour un tiers des personnes interrogées, une femme s’épanouira toujours un peu plus dans son rôle de mère que dans sa carrière professionnelle (32% – 32% des hommes et 33% des femmes).

·        Les préjugés restent pesants : le féminisme est un combat jugé dépassé pour 39% des Français (46% des hommes et 33% des femmes). 40% jugent qu’on en fait trop sur les inégalités hommes-femmes au travail (45% des hommes et 36% des femmes) et 30% que ces inégalités ne sont plus vraiment un problème (37% des hommes et 23% des femmes).

Ambition professionnelle des femmes : des préjugés toujours ancrés dans l’enfance et qui subsistent à l’âge adulte

·        Ces freins trouvent leur origine dans une éducation différente des petites filles et notamment chez les générations les plus jeunes : seulement 27% des femmes de 18-29 ans se sont vues inculquer par leurs parents le goût pour la compétition (contre 59% des hommes du même âge), 47% l’envie de se dépasser (contre 78%) et 64% la confiance en soi (contre 80%).

·        Plus tard, leur conjoint entretient cette ambition différentielle par une moindre capacité à s’impliquer dans les tâches quotidiennes : en cas de promotion modifiant leur charge de travail, seules 36% des femmes pensent que leur conjoint assurerait facilement l’essentiel des tâches ménagères du foyer pour les aider. Inversement, 72% des hommes pensent que leur compagne le ferait sans problème.

·        Enfin, avoir un enfant reste un frein puissant à l’ambition professionnelle des femmes : 27% d’entre elles ont déjà été amenées à mettre leur carrière entre parenthèses et 39% pensent qu’elles seront amenées à le faire au cours de leur vie (parmi les femmes de 18-29 ans, 60% ont déjà prévu de le faire).

Des conséquences indéniables : les femmes doutent beaucoup plus que les hommes !

·        Au travail, les femmes se disent moins que les hommes en mesure de demander plus de moyens techniques ou humains (62% contre 66%), une augmentation de salaire (57% contre 63%) ou une promotion hiérarchique (47% contre 55%). En revanche, elles se disent plus en mesure de demander des aménagements dans l’organisation de leur travail (60% contre 53% pour les hommes).

·        Si elles étaient promues, avec des responsabilités plus importantes, 52% des femmes se demanderaient si elles en auraient vraiment envie (contre 33% des hommes), 49% se demanderaient si elles en seraient capables (contre 35% des hommes), 32% se poseraient la question de leur légitimité pour un tel poste (contre 23% des hommes) et 30% se demanderaient si elles s’en sortiraient à la maison (contre 17%). Moins sûres d’elles, les femmes sont aussi plus stressées : face à une telle proposition, l’angoisse gagnerait 21% d’entre elles (contre 8% des hommes).

Enquête réalisée du 21 au 27 février 2014 auprès d’un échantillon de 1000 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas : sexe, âge, profession du chef de famille, région et catégorie d’agglomération.