Un rapport commandé par le Conseil d’Orientation sur les conditions de travail révèle que le nombre de services de santé au travail et parallèlement le nombre de médecins habilités à exercer des visites médicales du travail continuent de baisser. Cette baisse, engagée depuis 10 ans, est en compète contradiction avec les mesures qui pèsent sur les entreprises et surtout les besoins des salariés. Décryptage. 

plusieurs réformes successives ont scellé le sort de la médecine du travail en France. Trop coûteuse, trop contraignante, elle a subi à la fois l’abaissement du numerus clausus et le vieillissement de sa population. Regroupements, fermetures, les services de santé au travail suivent le même chemin et leur nombre se réduit comme peau de chagrin. Plus de 1400 en 1995, il n’en subsiste que 800 en 2013. De même, les médecins qui étaient plus de 10000 en 1995 ne sont plus que 5500 en 2013 à exercer cette spécialité ingrate mais si importante. 

une institution née en 1946, une autre exception française

très peu de pays ont un système de santé au travail organisé au niveau national et régi par des lois. La France a montré le chemin en 1946 dans des circonstances évidemment exceptionnelles pour les salariés du secteur privé puis l’ensemble de la population active. Aujourd’hui, Espagne, Allemagne, Italie, GB, Canada, Etats-Unis ou encore Belgique sont également dotés de services comparables. Les médecins du travail français sont de véritables spécialistes qui suivent le tronc commun des études à l’université de médecine et des modules concernant les pathologies professionnelles et l’hygiène industrielle pendant 8 semestres. Si leurs attributions ont évolué au gré des réformes, leur rôle consiste à valider l’aptitude des salariés à leur poste de travail, accompagner les entreprises dans l’amélioration de leur condition de travail, effectuer des contrôles, protéger les salariés. 

partenaires des salariés, des entreprises et des syndicats

qui n’a jamais râlé à l’idée de se rendre dans le camion froid et inconfortable garé sur le parking de l’entreprise muni de son carnet de santé et autre flacon d’usage? Quel DRH n’a jamais critiqué la décision d’un médecin? Quel CHSCT n’a jamais accusé le médecin de « collusion coupable avec la Direction »? Les médecins du travail ont un rôle ingrat et une position qui leur garantit l’impopularité quelle que soit la décision qu’ils prennent. Pourtant, ils jouent un rôle indispensable dans le respect et l’amélioration des conditions de travail. En effet, lorsqu’ils demandent une évolution d’un poste de travail, elle ne profite pas qu’au patient concerné mais également à tous ses collègues. Par ailleurs, par leur connaissance, ils peuvent guider les DRH et les partenaires sociaux dans l’élaboration d’une politique de prévention. 

bien évidemment, nous avons tous rencontré un médecin qui ne prend pas de décision, un autre qui ne connaît pas la réalité du terrain et qui préconise des mesures inapplicables et qui agace beaucoup le DRH. Il en existe mais la plupart sont très investis et efficaces. 

des missions complexes, des moyens en berne

leurs connaissances doivent évoluer avec les lois, ils travaillent dans des secteurs différents, ont affaire à des publics variés, ont des obligations renforcées… et leur cible, la population active est plutôt stable dans notre pays, pourtant, la médecine du travail est détricotée, démantelée, désarticulée. Certaines visites médicales sont devenues obligatoires tous les 2 ans au lieu d’un rythme annuel. C’est la seule évolution notable qui permettrait de comprendre la diminution du nombre de praticiens. Les visites d’embauche ou de reprise restent elles toujours obligatoires. Et compte tenu du turn over moyen des entreprises qui augmente, du nombre de recrutement en CDD qui ont cours, ou encore du mal chronique qu’est l’absentéisme maladie, les visites n’ont pas diminué. Les problématiques ont mêmes évolué avec l’émergence des préoccupations sur les risques psycho-sociaux. Les services de santé au travail ne suivent plus. C’est à tel point qu’il devient difficile pour les entreprises de remplir leurs obligations. En effet, bon nombre de visites d’embauches n’ont lieu que plusieurs semaines après l’intégration. Les médecins n’ont plus le temps de se rendre dans les entreprises, les salariés se plaignent du manque de temps qui leur est consacré lors de consultations de plus en plus courtes. 

lorsqu’on interroge des professionnels du secteur, la réponse est souvent la même : leur secteur n’échappe pas à la nécessité de faire des économies en temps de crise… Je mets en cause cette position pour 2 raisons : cela fait 20 ans que les effectifs diminuent et les 20 dernières années nous ont quand même laissé entrevoir quelques belles éclaircies. Par ailleurs, peut-on transiger sur la santé? 

nous sommes souvent à la recherche d’exemples, de modèles… Concernant la médecine du travail, la France a été copiée, prise en exemple car elle avait mis en place un service performant et utile. C’est trop dommage de tout laisser tomber. 

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